Publicité alimentaire : l’industrie agroalimentaire souhaite toujours promouvoir la malbouffe


16/11/20 Publicité Malbouffe

Dans le but de bloquer une des propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, visant à « interdire la publicité pour les produits proscrits par le PNNS », le Programme national nutrition et santé, les lobbies de l’industrie agroalimentaire manœuvrent en coulisses pour éviter de nouvelles lois contraignantes et continuer à vendre de la malbouffe coûte que coûte.
Publicité alimentaire : l’industrie agroalimentaire souhaite toujours promouvoir la malbouffe

On le sait. Il est plus rare d’avoir la preuve de telles manoeuvres. L'organisation foodwatch révèle aujourd’hui une lettre envoyée par l’Association nationale des Industries Agroalimentaires (ANIA) fin octobre à quatre ministres afin de torpiller la proposition de la Convention Citoyenne pour le climat, à savoir : interdire la publicité pour les produits trop sucrés, trop gras, trop salés.

Alors qu’experts et instances publiques concluent tous que les engagements volontaires ne sont pas efficaces et voient dans une loi la solution à l’épidémie galopante d’obésité et surpoids chez les enfants, l’industrie agroalimentaire demande au Gouvernement de continuer à fermer les yeux. Pour l’organisation de défense des consommateurs, cette lettre signée par le président de l’ANIA est honteuse, raison pour laquelle foodwatch la rend publique et y répond. Le Gouvernement va-t-il, pour une fois, arbitrer en faveur de la santé dans le projet de loi qui suit la Convention Citoyenne pour le climat, ou va-t-il céder au chant des sirènes de Nestlé, Unilever, Mondelez, Ferrero, Coca-Cola, Bel et autres géants de l’industrie agroalimentaire ?


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Les destinataires de la lettre fuitée de l’Association nationale des Industries Alimentaires (ANIA), datée du 28 octobre 2020, sont les ministres de la Transition écologique, de l’Economie et des finances, de la Culture, de l’Agriculture et de l’Alimentation. Révélée par foodwatch, cette lettre entend convaincre les Ministres de bloquer une des propositions de la Convention citoyenne pour le Climat, discutée dans le projet de Loi préparé par le Gouvernement : la proposition SN 5.2.2 pour « interdire la publicité pour les produits proscrits par le PNNS », le Programme national nutrition et santé. En France, 1 enfant sur 6 est en surpoids ou obèse. Les citoyens de la Convention citoyenne pour le Climat ne s’y sont pas trompés : la publicité pour la malbouffe est un fléau et ils réclament son interdiction. L’épidémie d’obésité que dénonce l’OMS depuis des années s’aggrave, et s’avère un facteur aggravant dans la crise de Covid-19. Nous sommes face à une vraie question de santé publique. C’est probablement pour cette raison que l’ANIA n’a pas jugé bon de placer le Ministère de la Santé en copie de son courrier.

Sans aucun scrupule, l’ANIA tente d’amadouer le Gouvernement avec une ritournelle qui a souvent l’oreille de nos décideurs : le soi-disant « engagement sans faille des entreprises » pour éviter de nouvelles règles coercitives. Une manœuvre qui ne surprend pas puisque Nestlé, Danone, Bel, Unilever, Orangina, Coca-Cola et Ferrero siègent au conseil d’administration de l’ANIA et , selon Santé publique France, ces géants figurent parmi les plus gros investisseurs en publicité. Le Président de l’ANIA, Richard Girardot (ancien président de Nestlé France), ose donc un appel désespéré : « Nous sommes convaincus que la co-régulation des acteurs est plus efficace que des mesures d’interdiction inscrites dans la loi ».

Pour foodwatch, il s’agit d’une mauvaise foi éhontée : « Non, les engagements volontaires des entreprises ne sont absolument pas efficaces pour protéger les enfants de leur surexposition à la publicité et au marketing pour les produits trop sucrés, trop gras, trop salés. Les meilleurs experts sur le sujet sont unanimes : Organisation mondiale de la Santé, Santé publique France, Cour des comptes, etc. On ne peut plus faire confiance à l’industrie pour s’autoréguler. Il faut une loi », s’insurge Karine Jacquemart, directrice générale de foodwatch France.


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Ainsi, de grandes marques ont signé il y a quelques années le « EU Pledge », un engagement européen à ne faire la promotion des produits alimentaires auprès d’enfants de moins de 12 ans que si ces produits remplissent des critères nutritionnels sains. Dans les faits, foodwatch a relevé en 2015 que sur les 281 produits vérifiés, seuls 29 remplissaient les critères de l’OMS pour un régime nutritionnel équilibré, et ce parmi des marques qui promettaient d’être vertueuses comme Kellogg’s, Ferrero, Danone, Nestlé et Coca-Cola. A peine un sur dix tient ses promesses. CQFD.

Faire confiance aux industriels pour s’autoréguler et protéger la santé publique ne fonctionne pas. C’est la conclusion du rapport de la Commission d’enquête parlementaire sur l’alimentation industrielle de 2018 et de son suivi en février 2020 qui insiste sur la faiblesse de la charte alimentaire du CSA, mais aussi de l’étude de Santé publique France, « Exposition des enfants et des adolescents à la publicité pour des produits gras, sucrés, salés » de juin 2020 et du rapport de la Cour des comptes sur la prévention et la prise en charge de l’obésité de 2019, qui est sans appel : « Le principe de l’autorégulation en matière de publicité alimentaire à destination des enfants s’est révélé peu efficace » puis « La France devrait se doter d’une régulation normative de la publicité pour enfant ».

foodwatch a donc adressé à son tour un courrier au Gouvernement français pour qu’il mesure bien l’enjeu et n’écarte pas du revers de la main celui de la santé publique au nom du sacrosaint laisser-faire cher au lobby de l’industrie agroalimentaire, révélé dans toute sa splendeur par le courrier fuité de l’ANIA.

D’un point de vue économique, la malbouffe est un désastre : le coût pour la société du surpoids et de l’obésité est estimé par le Trésor public à plus de 20 milliards d’euros par an. Interdire les publicités pour les produits trop sucrés, trop salés, trop gras en télé et sur internet permettrait non seulement de protéger la santé des enfants, mais aussi de faire des économies substantielles à terme.


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L’ANIA, dans sa lettre désolante, reconnaît l’objectif de cette loi puisqu’à bout d’arguments elle finit par proposer d’aller « vers une suppression progressive des investissements publicitaires pour des produits trop gras trop sucrés ou trop salés dans les écrans publicitaires destinés aux enfants. »

Pour Karine Jacquemart de foodwatch : « La suppression des publicités pour la malbouffe qui ciblent les enfants ne doit être ni volontaire, ni progressive. Nous avons pris assez du retard. Il est urgent que les responsables politiques adoptent enfin une interdiction pour protéger la santé des enfants et que les Nestlé, Danone, Unilever, Mondelez et Cie reformulent leurs produits pour qu’ils soient moins gras, moins sucrés, moins salés, et concentrent publicités et marketing sur des produits plus sains ».

SOURCE : foodwatch


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