Les 1000 premiers jours : déterminants pour la santé et le poids du futur l’adulte


25/07/2019 - 9 mn

Les 1000 premiers jours : déterminants pour la santé et le poids du futur l’adulte
Lorsqu’on est parent, on n’imagine pas que notre responsabilité aille jusqu’après la majorité de notre progéniture. Et pourtant ! Papa, maman, futur papa et future maman : nous sommes vraiment responsables de la portée de nos choix de vie alimentaire et d’hygiène générale. En effet, les chercheurs sont aujourd’hui nombreux à étudier la question de l’impact déterminant de l’alimentation, mais aussi la qualité de vie, le style de vie, l'exposition aux polluants… la santé même des deux parents avant même la conception. Sans vouloir plomber votre vie... cela fait un peu froid dans le dos !

Surpoids et obésité

La prévalence du surpoids et de l'obésité a augmenté dans la plupart des pays développés ces toutes dernières années. Il y a aussi une question de comportement alimentaire, d’hormones… Les chercheurs aujourd’hui recommandent à la future maman obèse de perdre du poids avant la conception… mais le papa aussi ! Ils ont démontré que le papa obèse qui conçoit et disparaît de l’environnement de l’enfant a quand même laissé son empreinte d’obèse et inculque un risque plus élevé à son bébé d’être obèse. Dur dur !

Ce n’est pas qu’une question de trop manger et pas assez se dépenser. La télé ou les écrans sont générateurs d’obésité : éteignez-les impérativement durant les repas qui doivent être pris dans le calme et le partage.

Un élément souvent méconnu mais pourtant fondamental est le sommeil : un individu, quel que soit son âge, qui ne dort pas assez ou assez bien aura forcément tendance à manger plus qu’il ne le doit car il recherche le réconfort : une prise alimentaire apporte ce réconfort, une chaleur qui vient de l’intérieur… bien agréable lorsqu’on a des frissons et les épaules voûtées par la fatigue ! Pour les parents, pour les enfants, les conditions de sommeil devront être remises à plat pour toute prise en charge du surpoids.

Une alimentation équilibrée avec un apport approprié en matières grasses et en protéines, et favorisant les fruits et légumes, est recommandée pour les deux parents pendant la période de conception et la grossesse.

Pendant la grossesse, à la naissance et au début de la vie, la mesure de la composition corporelle est cruciale pour surveiller la croissance du bébé. L’allaitement maternel exclusif est recommandé au début de la vie jusqu’à l’âge de six mois. L’âge de quatre à six mois est la période optimale pour introduire l’alimentation complémentaire. On commence par les fruits et légumes. Variété et quotidienneté sont essentielles.

L’enfant n’aime pas un légume ? Il a besoin d’être en contact jusqu’à 8 ou 10 fois pour s’en familiariser et l’apprécier : alors ne laissez pas tomber au premier « j’aime pas ça » venu. Les enfants goûtent avec leurs yeux … il faut leur laisser le temps d’observer, sentir, toucher… S’ils vous voient apprécier un aliment inconnu pour eux, ils seront enclins à vous imiter. Surtout : n’ajoutez ni sel, ni sucre, ni gras.

Jusqu’à l’âge d’un an, le lait maternel ou la préparation de suite ou commerciale est la principale source d’alimentation recommandée, et le lait de vache devrait être évité jusqu’à l’âge d’un an. Le lait de croissance et les laitages qui en sont issus sont recommandés jusqu’à 3 ans révolus. En effet, ils contiennent du fer et des acides gras essentiels que le petit ne va pas trouver ailleurs.

Respectez l’appétit de l’enfant et ne lui apprenez jamais à se forcer à manger : non, on ne finit pas son assiette. Vous n’imaginez pas que l’enfant a des besoins énergétiques bien plus élevés que les vôtres, mais un petit estomac qui est vite plein. Il a besoin de 2 repas par jour en plus que vous. Laissez son instinct et son corps dicter le rythme. Non, on ne finit pas sa viande, mais on termine ses légumes !

Outre que les parents ne voient pas le surpoids ou l’obésité de leur enfant, ils ont tendance à préparer des assiettes immenses que l’enfant ne peut finir. Soyez modeste, surtout sur les quantités de viande ou de poisson. Les enfants mangent trop de protéines animales. Apprenez leur à dîner végétariens et … mettez-vous aussi à cette habitude. Une fois pas jour de la viande ou du poisson ou un oeuf est très suffisant.

Bref … la prévention du surpoids de l’enfant prendra 1000 jours, … au moins ! Mais d’autres toxiques sont au menu quotidien de certains Français …

Boire ou ne pas boire ?

La consommation d’alcool est traditionnelle, familiale et comportementale. De l’éducation, de l’exemple parental et familial, puis du positionnement de la tribu chez les Millennials découlera une posture vis-à-vis de la consommation de boissons alcoolisées. Boire, ne pas boire … Dans les campagnes, l’ivresse est une preuve de virilité alors qu’il est purement social dans certaines villes, il est négociateur dans certains business, culturel dans certains cercles, et tabou dans d’autres.

Une nouvelle tendance voit le jour : le Dry lifestyle. Dry Monday ou pas : les boissons alcoolisées sont rayées de la carte par des groupes de consommateurs motivés. Déjà, nous avions tous mesuré la diminution drastique du nombre de bouteilles consommées lors de dîner entre amis. Aujourd’hui, dans certains milieux, certes un peu Bobo chic – le Dry-meal est un passage incontournable et non négociable.

La fracture sociale commence là. Les plus riches ne concèdent qu’une gorgée possible au Château Latour 1957 quand les moins fortunés aiment la bouffée d’air que souffle le 3e verre d’éthanol dans les cerveaux inquiets.

La Génération Z a développé des groupes qui choisissent de ne jamais boire et préfèrent se distinguer avec des shots de gingembre, des Energy drink de curcuma ou des beauty drinks sophistiqués.

La vie sobre attire nombre de stars, qui ont pigé que ce comportement induisait un « fresh-faced look » naturel et sans effort, bien plus économique que les séances de dépannage du visage les lendemains de cuite.

Effectivement, ceux qui travaillent la nuit, le soir, parmi les People ont expérimenté l’impossibilité de boire tout en travaillant… et en gardant en mémoire les accords passés durant la nuit.

Alors Dry life : on a tout gagnant ! Economie financière directe (achats) et indirects (frais médicaux), gain de temps et de neurones, gain de mémoire vive… et sans doute, gain en potentiel de séduction de la gente féminine, au moins les Gen Z girls !

La malbouffe nous grignote

On ne peut souvent qu'être stupéfait par le contenu des caddies au sortir de la caisse. Mine de rien, le nutritionniste examine, jauge, critique… et rêve de pouvoir être le Zorro des appro, éliminant les mauvais achats, applaudissant les bons choix.

Certains caddies sont terriblement caricaturaux, au point où vous n’allez pas me croire : pas un végétal, rien qui ne puisse supporter un grain de terre ou un résidu de pesticide. Mais des produits très élaborés, triturés, comme sucés et mâchés par quelques mamans généreuses qui, telles une maman pigeon, régurgitent dans le jabot de la descendance le fruit de l’ingestion, prédigestion puis régurgitation du bol alimentaire.

Ces produits ultra-transformés ont subi plus de 3 étapes de fabrication, sont souvent additionnés de substances pour pallier aux effets délétères de la transformation : des arômes car ils sont tous évaporés ; des colorants, des arômes synthétiques, mais aussi des additifs à fonctionnalité spécifique comme l’émulsifiant, le conservateur ou le texturant…

Quand on ouvre nos placards et réfrigérateur, une constatation s’impose : notre alimentation fait la part belle aux aliments ultra-transformés. Plats cuisinés, soupes instantanées, sodas et autres barres chocolatées augmentent, dans le régime alimentaire des Français. Qu’en est-il de leurs effets sur la santé ? Une nouvelle étude issue de la cohorte NutriNet-Santé vient de montrer [1] un lien entre l’augmentation de la part d’aliments ultra-transformés dans l’alimentation et l’augmentation de mortalité de +14%.

Ce n’est pas la première étude [2] qui souligne les effets moins favorables à la santé de ce type d’aliments. Déjà en 2018, une étude avait fait le lien entre alimentation industrielle et risque de cancers, mais la causalité n’est pas scientifiquement démontrée dans la mesure où de très multiples facteurs sont impliqués et ont certainement leur part. Une personne qui mange peu de produits transformés a peut-être en parallèle une vie plus saine (moins de tabac, d’alcool, plus d’activité physique, une vie moins polluée). Par ailleurs, les volontaires de NutriNet-Santé – déjà très concernés par la nutrition et la santé - ont tendance à sous déclarer leur consommation de boissons sucrées et sodas.

Donc il est bien trop hâtif de faire un lien direct, ce que les médias grand public n’ont pourtant pas manqué de faire. « L’alimentation industrielle provoque le cancer » : c’est un titre qui fait vendre, mais qui devrait être verbalisé.

Pour le Professeur Monteiro et ses équipes (Brésil, inventeur de la classification NOVA), les aliments ultra-transformés sont des aliments issus de l’industrie et ayant subi souvent plusieurs étapes de transformation (extrusion, fritures, panures, émulsion, texturation, etc.) et contenant des ingrédients et additifs artificiels ou non, souvent composés de produits eux-mêmes issus de l’industrie. Par exemple, une panure complexe avec arômes synthétiques et colorants dés de jambon avec des conservateurs, succédané de fromages fondus avec sels de fonte et conservateurs…

Reste à chercher quels sont les causalités si vraiment lien il y a : est-ce la présence de certains composés (additifs ou néoformés), certains process qui seraient moins favorables à la santé que les pratiques culinaires, la qualité des ingrédients elle-même ou les emballages synthétiques dans lesquels ceux-ci sont vendus… ou un cocktail de tous ces facteurs.

Autres polluants chimiques

Les substances chimiques nous entourant, il était urgent de faire une évaluation de l’imprégnation des personnes, notamment des femmes enceintes, et l’impact sur leurs enfants jusqu’à 12 ans. Pollution de l’air, particules fines, bruit, contaminants chimiques (perturbateurs endocriniens, métaux, polluants organiques persistants), style de vie (alimentation)…, plus des 2/3 des biomarqueurs chimiques d’exposition étaient détectés chez au moins 9 femmes ou 9 enfants sur 10.

L’exposition prénatale aux composés perfluorés (dans certains ustensiles de cuisine antiadhésifs ou revêtements anti-tâches) et l’exposition postnatale à l’éthyl-parabène (parabène utilisé comme conservateur dans les cosmétiques) et à des métabolites des phtalates (le DEHP « Diethylhexyl phthalate », un perturbateur endocrinien reconnu, et le DINP « Diisononylphthalate », utilisé comme plastifiant) pourraient être associées à une fonction respiratoire diminuée chez l’enfant [3].

Conclusion : enfin des preuves tangibles de l’interaction entre substances que l’on croyait nécessaires voir utiles pour nos vies quotidiennes et notre organisme.

Réduire le plastique et les matières synthétiques de vos vies, surtout lorsque chaleur ou acidité s’en mêlent : cuisson, eau chaude du bain, chauffage ou repassage… L’eau et le savon de Marseille ou d’Alep, c’est peut-être pas si mal !

Conclusions

Nous sommes tous responsables nutritionnellement : et de nos choix alimentaires et de mode de vie, mais aussi de ceux de nos descendances directes et suivantes. Prenez bien conscience que la consommation d’alcool, par exemple, ou un surpoids avéré peut impacter la santé adulte de vos bébés, et des enfants de vos bébés.

Ceci doit être dit, redit et démontré et il n’y a que les médecins praticiens et les nutritionnistes qui ont cette autorité. Vous êtes donc le chaînon essentiel de la santé publique.

Références

[1] JAMA Internal Medicine 2019

[2] Dr Mathilde Touvier, Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm / Inra / Cnam / Université Paris 13

[3] The Lancet Planetary Health

SOURCE : Nutrimarketing

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