Le marketing de la malbouffe dénoncé par Santé publique France


24/06/2020 - 5 mn Marketing Malbouffe

Dans son rapport « Exposition des enfants et des adolescents à la publicité pour des produits gras, sucrés, salés » publié aujourd’hui, Santé Publique France n’y va pas avec le dos de la cuillère et insiste sur le rôle du marketing alimentaire dans l’épidémie d’obésité mondiale. Santé Publique France va plus loin et insiste sur le besoin d’une règlementation plus protectrice. Le constat de l’étude est sans appel : les engagements volontaires des entreprises sont inefficaces.
Le marketing de la malbouffe dénoncé par Santé publique France

Ces conclusions sont à l’opposé du discours du Gouvernement qui bloque depuis trois ans toute réglementation visant à protéger les enfants du marketing de la malbouffe en prétendant qu’il suffit de « responsabiliser les entreprises ». foodwatch appelle les parlementaires et l’exécutif à se ressaisir et à interdire la publicité pour les produits trop gras, trop sucrés, trop salés qui cible les enfants, reprenant ainsi également l’une des demandes de la convention citoyenne pour le climat.

« La nouvelle étude de Santé publique France vient s’ajouter à la voix de nombreuses associations mais aussi de l’OMS, l’Unicef, du Haut Conseil de santé publique, de l’Inspection générale des affaires sociales, de la Cour des comptes, des 150 citoyens de la convention citoyenne sur le climat qui appellent aussi à interdire la publicité sur ces produits déséquilibrés ainsi que des 28 000 citoyens qui ont déjà signé la pétition lancée par foodwatch pour encadrer le marketing de la malbouffe qui cible les enfants », souligne Camille Dorioz qui réclame que le gouvernement se retrousse enfin les manches.

Covid et obésité : une épidémie peut en cacher une autre

Si les causes de l’obésité sont multifactorielles, Santé publique France fait le même constat que l’Organisation mondiale de la Santé et met les points sur les i dès la première page de son étude : « Le marketing alimentaire, en particulier celui des produits à faible intérêt nutritionnel et à haute densité énergétique, fait partie de l’environnement obésogénique qui est à l’origine de l’épidémie d’obésité observée au niveau mondial chez les adultes et les jeunes ».

La crise du Covid-19 ne nous a que trop rappelé la précarité sanitaire dans laquelle la pandémie silencieuse du surpoids et de l’obésité met nos sociétés. Le Haut Conseil de la Santé Publique a identifié l’obésité comme facteur de risque de développer une forme grave de Covid-19. Il est urgent d’endiguer cette autre épidémie à la source. La France ne fait pas exception, avec un enfant sur 6 est en surpoids ou obèse et un adolescent sur 5. « La publicité a une énorme influence sur les enfants. Ce sont donc des cibles de choix, explique Camille Dorioz, responsable de campagnes chez foodwatch. Et ça marche ! L’étude de Santé publique France montre que enfants et adolescents sont nettement plus nombreux à consommer de la malbouffe de manière déraisonnable. »

Le mirage des engagements volontaires des industriels de la malbouffe

Le rapport de Santé publique France n’est pas tendre avec les initiatives du secteur privé de l’agroalimentaire. Les mesures mises en place ces dix dernières années pour tenter de répondre au problème de l’obésité et du surpoids chez les enfants – qui consistent essentiellement à laisser l’industrie s’autoréguler – ont été inefficaces : « Plusieurs recherches et revues de littérature menées de 2012 à 2018 indiquent que ce type d’initiatives ne permet pas de réduire de façon significative l’exposition des enfants à la publicité ».

En effet, là où les engagements volontaires des entreprises étaient censés réduire l’impact du marketing, l’exposition des plus jeunes à la publicité de la malbouffe (sur la base des produits classés D ou E par le logo nutritionnel Nutri-score) a en fait augmenté de 10% pour les enfants et de 6% pour les adolescents entre 2015 et 2018.

Un verdict sans appel qui vient confirmer celui de la Cour des comptes sur la prévention et la prise en charge de l’obésité de novembre 2019 qui soulignait déjà : « Le principe de l’autorégulation en matière de publicité alimentaire à destination des enfants s’est révélé peu efficace (…) La France devrait se doter d’une régulation normative de la publicité pour enfant ».

Côté règlementation, la loi Gattolin de 2016 avait permis de supprimer la publicité pour les produits trop gras, trop sucrés, trop salés dans les programmes télé à l’attention des jeunes (moins de 12 ans) sur les chaînes publiques. Si le principe était bon, l’interdiction ne concerne que 1% du temps passé par les 4-17 ans devant la télé. Une goutte d’eau face à l’océan de pub auquel ils font face, à la télé mais aussi de plus en plus sur les réseaux sociaux.

foodwatch, la convention citoyenne pour le climat et maintenant Santé publique France sont d’accord : le gouvernement doit agir pour le monde d’après !

En février, lors d’un débat sur la réforme de l’audiovisuel, le gouvernement – le Ministre de la culture Frank Riester - et la députée Aurore Berger refusaient d’encadrer ces pratiques davantage. Ils se réfugiaient encore derrière le mirage des engagements volontaires pour éviter d’imposer de telles contraintes aux industriels de la malbouffe par le biais d’une loi.


À lire aussi : Pub pour la malbouffe ciblant les enfants : la réforme de l’audiovisuel est l’occasion à ne pas rater pour enrayer l’obésité et le surpoids des enfants en France


Aujourd’hui, ces arguments ne tiennent plus. Même la chartre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel est qualifiée par Santé publique France de faiblement efficace.

« L’inaction a un coût humain inestimable et un coût financier exorbitant, puisque le traitement de l’obésité en France est estimé par le Trésor public à plus de 20 milliards d’euros par an », rappelle Camille Dorioz. foodwatch appelle les parlementaires et l’exécutif à profiter de la réforme de l’audiovisuel pour enfin protéger la santé des enfants en interdisant la publicité et le marketing qui ciblent les enfants pour des produits trop sucrés, trop gras, trop salés.

SOURCE : foodwatch


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