L'alimentation est un marqueur fort des inégalités sociales


12/12/2019 - 4 mn Précarité Pauvreté

En France, près de 3 millions de personnes sont exclues durablement du travail et plus de 5,5 millions inscrites à l’aide alimentaire. Des personnes stigmatisées, « qui ont honte » déjà parce qu’elles sont rendues le plus souvent responsables de leur situation, celle par exemple de ne pouvoir nourrir correctement ses enfants, et doublement honte d’être « assistée ». Pour les ménages en situation de précarité, l'alimentation est devenue LA variable d'ajustement, face à des budgets incompressibles comme le logement.
L'alimentation est un marqueur fort des inégalités sociales

L’Insee observe une hausse des inégalités de niveau de vie et du taux de pauvreté en 2018. Ce dernier concernait alors 14,7 % de la population. Une étude de l’Institut des politiques publiques (IPP) affirme par ailleurs que les 9 % des ménages les plus modestes ont perdu du pouvoir d’achat en 2019 avec les effets cumulés des mesures de 2018 et 2019. Cette étude indique également que les 10 % des ménages les plus pauvres auront des gains de pouvoir d’achat quasiment nuls sur l’année 2020, au regard des annonces budgétaires actuelles.

Selon les chiffres fournis par la direction générale des affaires sociales (DGCS), 5,5 millions de personnes avait recours à l’aide alimentaire en 2017, soit plus du double qu’en 2009 (2,6 millions de personnes) (Sénat, 2018). Sans compter ceux et celles qui se privent. L’insécurité alimentaire pour raisons financières toucherait environ 12% de la population en France, soit 8 millions de personnes. Du côté du Secours catholique en particulier, 52% des personnes rencontrées (1 345 500 personnes en 2018) expriment avoir des besoins en termes d’alimentation.

Au-delà de révéler des situations de pauvreté, l'alimentation est un marqueur fort des inégalités sociales. Les travaux qui montrent la corrélation entre les niveaux de revenu et la qualité nutritionnelle de l'alimentation ne manquent pas. Plusieurs soulignent ainsi que les déciles les plus élevés mangent davantage de fruits et légumes et de poissons et que les achats de produits sous signe de qualité sont assez nettement corrélés aux revenus (INPES, 2008 ; CEP, 2013). Cela se traduit en termes d’inégalités de santé : on retrouve ainsi une plus forte prévalence de maladies chroniques, de surpoids et d’obésité parmi les populations défavorisées des pays industrialisées (une étude de l’Anses en 2017 indique par ailleurs une prévalence au surpoids et à l’obésité quand le niveau d’étude augmente).

Face à cette situation, les chiffres sur le gaspillage alimentaire révèlent un paradoxe qui interpelle. En 2017, 795 millions de personnes souffraient de la faim, alors qu’un tiers de la production alimentaire est gaspillée chaque année au niveau mondial, soit 1,3 milliards de tonnes. En France, 10 millions de tonnes d’aliments consommables ont été jetés en 2018, soit 29 kg par personne sur une année (Le Monde selon l’Ademe, la Commission Européenne et la FAO).

Devant ces constats, l’ambition du Secours catholique est de permettre un accès digne et durable à une alimentation de qualité, pour toutes et tous : de favoriser l’accès, autonome et non stigmatisant, à une alimentation sûre et de qualité, produite de manière écologiquement soutenable et socialement juste. Concrètement, les équipes locales développent depuis plusieurs années diverses actions individuelles (paniers solidaires, groupements d’achats) et collectives (épicerie communautaire, jardin solidaire, atelier cuisine, repas partagés) qui encouragent ceux qui le souhaitent à participer.

Cet enjeu recouvre celui d’une applicabilité du droit à l’alimentation, qui repose sur la Déclaration universelle des droits de l’homme, selon laquelle « toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation ». Comme le rappelle Magali Ramel, doctorante en droit à l’université de Tours, le droit à l’alimentation prend racine dans cet article 25, et reconnaît ainsi à chaque individu le droit d’accéder dignement à sa propre alimentation, en la produisant lui-même ou en ayant le pouvoir de la choisir et de l’acheter. Il est inclus dans l’article 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (Pidesc) de 1966, lequel a une valeur contraignante pour les États qui l’ont ratifié, dont la France.

Pour aller plus loin, consulter « Droit à une alimentation durable pour tous ! Des lieux pour construire la démocratie sociale ».



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