Influence et rôle des réseaux sociaux sur nos choix alimentaires


18/12/2019 - 5 mn Réseaux sociaux Choix alimentaire

Influence et rôle des réseaux sociaux sur nos choix alimentaires
Quand on pense digitalisation, on pense évidemment au boom des applications mais également aux réseaux sociaux, omniprésents dans nos vies. L’alimentation est une tendance incontournable sur les réseaux sociaux : sur Instagram, le hashtag #food, ce sont plus de 360 millions de posts qui existent au total et, sur Facebook, ce sont plus de 1 milliard d’interactions par mois. Alors, mangeons-nous sous influence ?

La réponse est oui. Catherine Lejealle, docteure en sociologie, nous l’explique : « Que ce soit en food ou pour toute autre pratique, les réseaux sociaux impactent nos comportements ». Je relève 2 impacts majeurs :

  • Un impact prescriptif, une préconisation qui vise à apporter de l’information : sur les réseaux sociaux, les influenceurs nous montrent ce qu’ils ont mangé, un burger par exemple. Et, dès le lendemain, une foule se précipite pour manger ce burger. Ils ont le « pouvoir » de faire connaître et de donner envie, car on a plus confiance dans les influenceurs que dans la publicité de la marque. Dans ce cas, on ne se pose pas la question de la crédibilité de la source : dans quelle mesure est-elle neutre, est-elle récompensée ?... À tel point que les restaurateurs se mettent à créer des recettes qui passent très bien sur Instagram. Ensuite, les utilisateurs et les consommateurs eux-mêmes veulent prendre en photo ces plats.

  • Un impact sur la construction identitaire : on recherche la construction identitaire, à faire partie de la communauté pour se dire « j’y étais » ! On se définit par ses pratiques alimentaires.

C’est intéressant parce qu’anthropologiquement l’alimentation est une des choses qui nous définit le plus. Il suffit d’aller voir l’exposition au musée de l’Homme « Je mange donc je suis » pour s’en rendre compte.

Dans cette construction identitaire, il y a une mise en scène de soi. On observe une distorsion entre la vraie vie et ce qu’il se passe sur les réseaux sociaux. On parle de bovarisme, on ne montre pas (ce que le sociologue Erving Goffman appelait « les coulisses »). On donne l’impression que notre vie est aussi glamour et aussi extraordinaire que ce qu’elle peut paraître sur les réseaux sociaux. Mais au final ce n’est qu’un extrait et une mise en scène parce que ce repas qui est magnifique sur Instagram n’est peut-être pas gustativement bon.

On ne mange pas simplement pour soi mais pour le faire savoir, pour le montrer

On relève également une 3e composante un peu transversale : le collectif. « On ne mange pas simplement pour soi mais pour le faire savoir, pour le montrer ».

Ysabelle Levasseur, diététicienne-nutritionniste, partage cet avis et constate aujourd’hui que dans son métier, il faut être connecté. « Les gens se fient à des applications, à des influenceurs, à des messages sur les réseaux sociaux pour leur santé. Cette donnée a énormément modifié le discours et leur attitude au quotidien. Aujourd’hui, les patients sont très connectés, très informés, mais ce n’est pas sans poser quelques problèmes. »

L’influence des réseaux sociaux est surtout notable dans la population très fragile des adolescents et adolescentes qui ne jurent que par certains profils d’influenceurs. Très vite, ils se mettent à vouloir vivre, c’est-à-dire à manger, s’habiller, etc. comme leurs influenceurs préférés.

La population des jeunes adolescents est très sensible à ce qui se dit sur les réseaux sociaux et est capable de modifier son comportement alimentaire. « Aujourd’hui, cela nous pose problème à nous, professionnels de santé, face à ces jeunes qui vont se mettre à exclure des groupes alimentaires entiers. Je vois des jeunes patientes en crise identitaire arriver au cabinet et ayant décidé de supprimer la viande ou le lait, car telle influenceuse a dit que c’était mauvais pour la santé. On s’aperçoit qu’il y a un véritable impact sur cette population très fragile, et souvent cachée des parents. » En effet, il y a une grosse rébellion des adolescents face aux parents qui valorisent pourtant la prise de repas en famille et une alimentation équilibrée.

« L’approche est différente entre les filles et les garçons. L’orthorexie (vouloir bien manger à tout prix, au point que cela en devient une obsession et met en péril sa vie sociale) va plus concerner les filles. Pour les garçons, c’est un peu différent. Ils vont regarder des comptes qui vont être plus sportifs avec un autre rapport à l’alimentation. »

Au-delà de l’âge, l’influence des réseaux sociaux peut également être différente selon les milieux, les catégories socioprofessionnelles. En effet, on n’a pas la même façon de s’informer ni de consommer selon son profil socioéconomique et ses préoccupations :

  • les personnes en difficultés sociales vont plutôt chercher les bons plans pour manger moins cher que chercher à manger mieux pour leur santé et l’impact sur la planète ;
  • il y a une différence entre ceux qui ont le temps de s’informer et ceux qui ont comme préoccupation de remplir le frigo/consommer tout court (accès à la consommation pour les catégories sociales plus défavorisées, et consommer moins mais mieux pour les catégories plus favorisées ;
  • de plus, certaines modes vont promouvoir le sans gluten, le sans produits laitiers, le sans viande, le végétalien... alors que d’autres personnes vont être persuadées que ces produits alimentaires sont bons pour la santé et souhaitent donner le meilleur à leurs enfants.

Selon Catherine Lejealle, « face à cette masse d’informations (qu’elles soient food ou autres), il faut avoir de l’éducation, et une certaine formation pour prendre du recul et comprendre qu’un aliment peut être noté B au nutriscore et s’avérer intéressant pour la santé. C’est vraiment ce qu’il manque aux réseaux sociaux qui permettent de liker ou de diaboliser les choses sans apporter de nuances ! Les plus jeunes, ou les moins éduqués, peuvent être plus fragilisés face à cela ».

SOURCE : MeatLab Charal


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