Infertilité inexpliquée, et si la nutrition l’expliquait ?


09/01/2020 - 8 mn Fertilité Grossesse

Infertilité inexpliquée, et si la nutrition l’expliquait ?
La réponse à cette question est clairement oui. Et ce ne sont plus des hypothèses. De nombreuses études en attestent. Contrairement à certaines idées préconçues, les causes d’infertilité sont presque aussi souvent masculines que féminines. Et parfois, elles concernent les deux.

Quand parle-t-on d’infertilité ?

Le diagnostic d’infertilité est en général posé lorsqu’il n’y a pas de grossesse après 18 mois de rapports réguliers non protégés. Le délai de conception par cycle diminue bien entendu avec l’âge (environ 24% à 25 ans et 6% à 40 ans) et l’âge du premier enfant en France est passé de 24 ans en moyenne en 1970 à 30 ans en 2015. Ces deux aspects sont bien sûr ou physiologiques ou à corréler à une évolution du mode de vie.

Cependant, il semble que le nombre de couples confrontés à un problème de fertilité soit en augmentation. Les chiffres sont assez variables mais il semble que 15 à 20% des couples consultent pour un tel problème. Les raisons sont bien sûr souvent pathologiques ou mécaniques, mais pas toujours. Ce qui va nous importer ici, c’est justement de mettre en avant les liens potentiels entre d’une part l’alimentation, et d’autre part l’infertilité, chez les personnes pour qui aucune autre explication n’a pu être avancée, ce qui concerne environ 8% des infertilités.


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Quels conseils donner à ces messieurs pour optimiser leur fertilité ?

L’impact d’une mauvaise alimentation peut avoir des conséquences directes ou indirectes sur la production de spermatozoïdes, leur qualité ou leur motilité (capacité de se mouvoir) :

  • De façon indirecte, mal manger peut favoriser une prise de poids, qui elle-même va occasionner toute une série de modifications hormonales (élévation des oestrogènes, de la leptine et baisse de la testostérone) qui vont réduire la production de spermatozoïdes. Le surpoids peut aussi générer de l’inflammation et du stress oxydant, délétères à la qualité des spermatozoïdes.
  • De façon directe, la « malbouffe » peut apporter des toxiques qui se stockent dans le gras, faire monter la leptine, le cholestérol, ce qui va également nuire à une production normale de spermatozoïdes.

Perdre du poids si nécessaire semble être un aspect très important. Il n’est pas question de faire des régimes draconiens qui pourraient accentuer certains déficits et un stress oxydant mais bien de corriger l’alimentation de façon durable. Le surpoids est en effet non seulement délétère à la sensibilité à l’insuline, ce qui dérègle les hormones sexuelles, mais il a aussi un impact épigénétique dans le sens où il peut altérer l’intégrité de l’ADN des spermatozoïdes.


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La qualité des graisses ingérées doit aussi être analysée. Corriger leur qualité ne veut surtout pas dire les éviter. Certes, bye bye viennoiseries, charcuterie, chips et autres cookies riches en acides gras trans. Mais bonjour les bons oméga-3 ! En effet ils ont montré qu’ils améliorent la motilité, la morphologie et la concentration des spermatozoïdes. Au menu : sardines, harengs, maquereaux, huile de colza, noix de Grenoble…

Fuir les métaux lourds, toxiques et polluants diversdoit aussi faire partie d’une stratégie gagnante. C’est pourquoi il est recommandé de manger bio, ne pas manger de grands poissons prédateurs, d’éviter notamment les plats préparés et industriels et de modérer sa consommation d’alcool.

Avoir des apports optimaux en vitamines B9, B12 et B6 sous forme active permet d’assurer une bonne « méthylation ». Mais quèsaco ? Méthyler est une réaction chimique fondamentale nécessitant la présence en suffisance de ces vitamines. Elle intervient partout dans notre corps et est impliquée dans de très nombreux processus, dont celui de la fertilité.

Nous l’avons dit, le stress oxydant est l’ennemi juré d’une bonne qualité des spermatozoïdes. Il provient d’un déséquilibre entre la production de radicaux libres (appelés aujourd’hui espèces réactives de l’oxygène) et les antioxydants (que nous mangeons et que nous fabriquons). Un déficit en antioxydants peut donc augmenter le risque d’infertilité. Messieurs, mettez donc au menu plus de fruits et légumes de toutes les couleurs, du thé vert, du curcuma, des bonnes huiles extra vierges afin d’avoir suffisamment de ces précieux antioxydants dans votre assiette !

Dernier petit conseil… et oui, encore lui ! Le microbiote.

La qualité de l’écosystème intestinal est elle aussi mise en cause ! L’association de probiotiques (notamment des Lactobacilles paracasei), de prébiotiques (fibres non solubles qui servent de nourriture aux bonnes bactéries) et de glutamine (qui favorise une bonne imperméabilité de la membrane digestive) a démontré des bénéfices dans l’amélioration du volume d’éjaculation, la concentration en spermatozoïdes et leur motilité.


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Et pour ces dames, à quoi faut-il prêter tout particulièrement attention ?

La première cause d’infertilité féminine liée à une absence d’ovulation est le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK).Même si toutes les causes ne sont pas encore comprises, certains facteurs nutritionnels favorisants ont clairement été mis en évidence.

Le premier est la résistance à l’insuline, première étape vers le diabète de type 2, qui consiste en une perte de sensibilité à l’insuline, amenant progressivement le taux de glucose sanguin à s’élever. Outre une perte de poids si nécessaire, il sera important de prévenir tout excès de glucose dans le sang et pour ce faire, de ne pas manger trop de glucides et de privilégier les aliments à faible charge glycémique. Il s’agit donc de mettre plus souvent au menu les fruits et légumes, aliments complets, pain complet au levain ou pain très dense, quinoa, aliments peu transformés) et d’éviter les plats industriels, aliments raffinés, sucreries, sodas…). Les nutriments d’une bonne glycémie sont les oméga-3, la vitamine D, le magnésium et le zinc. Les femmes souffrant de SOPK doivent encore plus que les autres, éviter les perturbateurs endocriniens et prendre en charge une hypertension artérielle.

Notons que les extrêmes ne sont jamais bons. Une maigreur trop importante va aussi clairement être un sérieux frein à la procréation. Le corps humain est magnifiquement fait. Un corps de femme dépourvu de suffisamment de réserves en graisses pour faire grandir un enfant durant 9 mois n’est pas capable de tomber enceinte. Logique.

Tout comme chez les hommes, les femmes aussi doivent éviter de s’exposer à des toxiques de toute nature (métaux lourds, perturbateurs endocriniens, pesticides, additifs…) et mettre en place une alimentation anti-inflammatoire et hypotoxique. Cela inclut d’éviter les cuissons à haute température, notamment les fritures, qui génèrent des substances très toxiques, de ne pas boire trop de café ni d’alcool.

Certains problèmes de santé, parfois sous (ou pas) diagnostiqués comme une hypothyroïdie ou une maladie coeliaque (silencieuse) peuvent être à l’origine d’infertilité. Il est important d’explorer ces aspects avec un médecin sensibilisé à cette problématique car la nutrition y joue un rôle fondamental.

Outre une bonne gestion du poids (ni trop ni trop peu) et de la glycémie, la femme devra veiller à avoir des apports suffisants en fibres, magnésium, zinc, fer et oméga-3. Les vitamines B9, B12 et B6 seront comme pour l’homme indispensables à une bonne méthylation.

Pas de raison que les femmes puissent s’empiffrer de croissants… Elles doivent aussi éviter les acides gras trans et mettra au menu tous les jours des graisses mono-insaturées (oléagineux, huile d’olive, avocat) et plusieurs fois par semaine des oméga-3 (huile de colza, poissons gras de petite taille comme la sardine ou le maquereau). Par contre, pas question de se mettre aux yaourts à 0% de matières grasses. Les graisses laitières favorisent une meilleure fertilité.

La consommation de protéines végétales (légumineuses, soja sous toutes ses formes…) est associée à une meilleure fertilité que les animales.


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Last but not least

D’autres conseils, moins directement liés à l’alimentation peuvent aussi s’avérer très utiles. Notamment pour ces messieurs ne pas porter de vêtements trop serrés, ne pas avoir de métier qui vous expose à des chaleurs anormales ni garder son téléphone portable dans la poche avant du pantalon. Pour tous, on veillera à contrôler son stress, ne pas fumer et à pratiquer une activité physique régulière. Il existe aussi certaines plantes ou compléments alimentaires qui s’avèrent intéressantes. C’est notamment le cas de l’ashwagandha ou de l’acide alpha-lipoïque. Mais leur utilité étant directement liée à une problématique spécifique, leur consommation ne doit se faire que sur base de conseils d’un professionnel de la santé.

Quelques mots sur Véronique Liesse

Véronique Liesse est diététicienne, nutritionniste et micro-nutritionniste. En dehors de ses consultations et de l’enseignement (dont un DU en santé, diététique et physio-nutrition à l’Université de Grenoble pour les professionnels de la santé), elle est coach et formatrice dans les entreprises qu’elle accompagne pour optimiser santé, bien-être, qualité de vie et performance des collaborateurs. C’est dans ce cadre qu’elle a cofondé la société Nutrinergie.

Elle est l’auteure des ouvrages suivants :

Références

Diet and men’s fertility : does diet affect sperm quality ? Feiby L. Nassan et al. American Society for Reproductive Medicine. September 2018

Impact of nutrition on reproduction : an overview. Jorge E. Chavarro et al. Fertility and Sterility. September 2018.

Effectiveness of Omega-3 fatty acid for Polycystic ovary syndrome: a systematic review and metaanalysis. Kailin Yang et al. Reproductive Biology and Endocrinolgy. (2018)

Antioxidants in fertility : impact on male and female reproductive outcomes. Roos Marthe Smits et al. Fertility and Sterility September 2018

The deep correlation between Energy Metabolism and Reproduction : a view of the effects of nutrition on the women fertility. Roberta Fontana et al. Nutrients (2016)

Intake of fruits and vegetables with low-tomoderate Pesticide residues is positively associated with semen-quality parameters among young healthy men. Yu-Han Chiu et al. The Journal of Nutrition. November 2015

Nutrition, environnement et fertilité masculine. Charlotte Dupont et Rachel Lévy. Cahiers de nutrition et de diététique (2018)



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