Fruits et légumes conventionnels et bio : le lieu d’achat et l’origine ont peu d’influence sur le prix


21/12/20 Fruits légumes Prix

L'association de consommateurs CLCV vient de rendre publique son enquête portant sur le prix et l’origine de 7 fruits et légumes biologiques et conventionnels : banane, orange, pomme golden, raisin blanc avec pépins, courgette, carotte et tomate ronde. Menée par les bénévoles de l’association entre le 17 et le 28 octobre 2020, elle couvre 370 points de vente (hypers/supermarchés et magasins spécialisés bio), répartis dans 34 départements. Si le confinement a contraint à arrêter l'enquête fin octobre, les relevés effectués mettent en avant plusieurs résultats significatifs…

Fruits et légumes conventionnels et bio : le lieu d’achat et l’origine ont peu d’influence sur le prix

Depuis plusieurs années, le marché des produits biologiques progresse. En 2019, il a augmenté de 13,5 % [1]. Plus de 9 Français sur 10 déclarent avoir consommé des produits biologiques et près des ¾ consomment bio régulièrement (au moins une fois par mois) selon le baromètre 2019 de l’Agence bio. Si ces chiffres sont encourageants, le prix reste le principal frein pour 80 % des consommateurs qui n’en achètent pas régulièrement ou pas du tout.

Le surcoût lié aux produits bio s’explique par plusieurs raisons. D’abord, l’interdiction d’utilisation de certains insecticides et herbicides de synthèse rend la culture en bio plus difficile à maîtriser et demande parfois plus de main-d’oeuvre qu’il faut rémunérer. Pour beaucoup de cultures, les rendements sont ainsi plus faibles que pour les cultures conventionnelles. Cette prise de risque par le producteur (la perte d’une récolte ou le déclassement d’une production bio en conventionnel par exemple) se répercute logiquement sur le prix de vente aux consommateurs. Enfin, la certification en agriculture biologique à toutes les étapes (producteur, conditionneur, distributeur) représente aussi un coût supplémentaire.

À travers cette enquête, la CLCV a fait un état des lieux du surcoût que représente le bio pour sept fruits et légumes largement consommés en France : carotte, courgette, tomate ronde, banane, orange, raisin blanc avec pépins et pomme golden. Elle s'est également intéressée à l’origine de ces fruits et légumes : le bio est-il nécessairement plus local ? Le prix encourage-t-il les consommateurs à acheter des fruits et légumes de provenance plus locale ?

Des écarts de prix entre le bio et le conventionnel parfois excessifs

Les fruits et légumes bio sont en moyenne 44% plus chers que ceux conventionnels mais il existe une très grande disparité selon les fruits et légumes : la tomate ronde bio est 71% plus chère que la tomate non bio alors que la banane bio n’est que 20% plus chère que son équivalent conventionnel. Si l’écart de prix semble cohérent entre certains fruits et légumes bio et leur équivalent non bio, d’autres paraissent excessifs et rendent ces produits inaccessibles pour les familles les plus modestes.

En prenant en compte la consommation annuelle moyenne [2] d’un ménage (2,3 personnes selon l’INSEE), acheter les 7 fruits et légumes étudiés en bio revient à 271 € par an contre 188 € par an pour des produits conventionnels.

La CLCV interpelle les pouvoirs publics sur la nécessité de rendre accessibles au plus grand nombre les produits issus de l’agriculture biologique et demandons plus de transparence sur la construction des prix des produits bio.

Le bio : pas moins cher en grande distribution

Le prix moyen de chacun des 7 fruits et légumes étudiés est plus élevé dans les hypers et supermarchés que dans les magasins spécialisés bio. Cependant, en prenant en compte les marges d’erreur [3] qui sont de 6% pour la grande distribution et 10% pour les magasins spécialisés bio, les différences de prix n’apparaissent pas significatives.

Dans tous les cas, ces résultats montrent que les GMS ne semblent pas forcément être les plus intéressantes pour acheter des fruits et légumes bio, malgré leurs nombreuses promesses de proposer aux consommateurs des produits biologiques à petits prix et accessibles à tous.

Peu d’impact de l’origine du produit sur le prix

L'enquête montre que l’origine des produits ne semble pas influer sur leur prix, à l’exception du raisin français qui est environ 40% plus cher que le raisin italien.

La pomme golden (bio et non bio) est le seul produit de notre enquête dont le pays d’origine est la France pour la totalité des relevés. Pour les autres, nos relevés montrent que le bio ne rime pas toujours avec plus local.

Pour le raisin bio, dont la production existe en France, la part de produits d’origine France est légèrement plus faible que le raisin conventionnel. Pour les autres produits dont la production bio existe aussi en France (tomate, carotte et courgette), la part de l’origine France est similaire pour les produits bio et non bio.

L’orange bio dont la production française (principalement Réunion, Guadeloupe et Guyane) ne représente que 0.1% de la production européenne [4], provient majoritaire d’Espagne alors que c’est d’Afrique du Sud que proviennent majoritairement les oranges non bio.

Il faut noter que la date des relevés correspond au début de la campagne des oranges espagnoles (aux alentours de mi-octobre), ce qui peut expliquer la part importante d’oranges en provenance d’Afrique du Sud. Cependant, un point positif : l’orange bio semble plus locale !

Les bananes bio et non bio proviennent de différentes zones géographiques : Amérique Centrale et du Sud, Afrique et Antilles françaises. Les bananes conventionnelles proviennent majoritairement des Antilles françaises alors que les bananes bio proviennent majoritairement de République Dominicaine.

Conclusions

Les fruits et légumes bio sont en moyenne 44% plus chers que les produits conventionnels mais il existe une très grande disparité selon les fruits et légumes : la tomate ronde bio est 71% plus chère que la tomate conventionnelle alors que la banane bio n’est que 20% plus chère que son équivalente conventionnelle. Si l’écart de prix semble cohérent entre certains fruits et légumes bio et leur équivalent non bio, d’autres paraissent excessifs et rendent ces produits inaccessibles pour les familles les plus modestes.

La consommation de produits bio est pourtant encouragée par les pouvoirs publics et fait partie des dernières recommandations publiées par Santé Publique France en 2019 [5]. La CLCV interpelle donc les pouvoirs publics sur la nécessité de rendre accessibles au plus grand nombre les produits issus de l’agriculture biologique et demande également plus de transparence sur la construction des prix des produits bio.

Les fruits et légumes biologiques enquêtés se révèlent être en moyenne aussi chers en GMS que dans les magasins spécialisés bio. Les GMS ne semblent donc pas forcément être les plus intéressantes pour acheter des fruits et légumes bio. La CLCV recommande aux consommateurs de comparer les prix au kilo et de privilégier la vente en circuits courts, qui réduit les intermédiaires et les marges et donc souvent les prix de vente.

L’origine des produits ne semble pas influer sur leur prix, à l’exception du raisin français qui est environ 40% plus cher que le raisin italien. La CLCV recommande aux consommateurs de privilégier le local quand cela est possible. Attention, le bio ne rime pas toujours avec local, il faut donc rester vigilant à la provenance des produits.

[2] Sources : FranceAgriMer, Interfel et Kantar Worldpanel

[3] Marge d’erreur calculée pour un niveau de confiance de 95%

SOURCE : CLCV


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