Emballages alimentaires : quels polluants et contaminants peut-on y trouver ?


06/12/2019 - 4 mn Toxicité Emballages alimentaires

Emballages alimentaires : quels polluants et contaminants peut-on y trouver ?
Les matériaux en contact des denrées alimentaires assurent : protection, conservation, transport, étiquetage, attractivité. Toutefois, ces MCDA ou « Matériaux au contact des denrées alimentaires » ne sont pas inertes et des constituants de ces MCDA peuvent migrer vers l’aliment. Dans les emballages, on trouve des monomères, des additifs, des auxiliaires technologiques…

La migration des constituants des « Matériaux au contact des denrées alimentaires » ou MCDA est influencée par l’utilisation faite avec le produit emballé (diffusion liée au chauffage, à la nature de l’aliment plus ou moins lipophile, la durée de conservation…). Ils sont donc réglementés (ce qui devrait garantir la non-contamination des denrées à des niveaux toxiques pour l’homme).

Le règlement européen distingue 17 types de MCDA. Pour certains MCDA, il existe une réglementation harmonisée au niveau européen (matières plastiques, céramiques, caoutchoucs, avec des directives spécifiques), réalisée par l’EFSA. En l’absence de réglementation harmonisée, une réglementation nationale prévaut et l’ANSES est en charge au niveau Français des réglementations pour les silicones, les aciers inoxydables, l’aluminium.

Si l’importance des emballages dans notre vie quotidienne est évidente, il faut aussi rappeler qu'elle l'est tout autant sur le plan économique : ainsi par exemple, trois cents milliards de canettes de boisson (90% en aluminium) sont ainsi vendues dans le monde par an, rapportant 30 milliards de dollars en 2013.

On distingue de très nombreux exemples de MCDA avec les revêtements époxy (avec les bisphénols comme le BPA ou le BADGE), les oléorésines, les vinyles, les résines phénoliques, les résines acryliques, les résines polyester ou les polyoléfines.

Face à cette incroyable variété, on peut évoquer trois grands exemples de familles rentrant dans la constitution de certains MCDA :

1 La famille des bisphénols, dont le bisphénol A (BPA) : monomère de résine epoxy dont la consommation moyenne par an en 2006 était de 1,75 kg par citoyen (par an), avec une exposition également cutanée (facturettes).

Interdit depuis janvier 2015 dans les emballages à contact alimentaire en France, d’autres candidats de la même famille sont proposés : le BPS, le BPF, le BADGE, le BPAF…. BPS et BPF seraient les 2 molécules utilisées actuellement.

  • Le BPA agit à basses doses sur la glande mammaire, la prostate, affecte la fertilité, est obésogène, affecte les niveaux de neurotransmetteurs.
  • Bien que moins caractérisés, on sait que le BPF est oestrogénique et que le BPS a des effets sur le système endocrinien. Le BPF peut conduire à 16 métabolites différents dont certains sont oestrogéniques ou anti-androgéniques.
  • Des dérivés chlorés existent et contaminent de plus en plus actuellement les produits de la mer. Par opposition au BPA plutôt oestrogénique, ces bisphénols halogénés sont des agonistes du PPARƔ.

2 Les MOSH et les MOAH sont des huiles minérales qui revêtent les sacs de jute, les cartonnages des pâtes alimentaires ou du popcorn, rentrent dans la composition des agents lubrifiants ou de démoulage. Les MOSH peuvent se bioaccumuler, induire la formation de microgranulomes dans le foie. Les MOAH sont des composés dont certaines dont génotoxiques (par voie cutanée, associée à des tumeurs) dont il faudrait réduire l’utilisation. L’ANSES recommande la recherche d’alternatives ou de barrières pour limiter la migration de ces huiles minérales dans les aliments.

3 Les composés perfluorés (dont PFOA, PFOS) sont utilisés pour le Teflon, le GoreTex, les mousses des extincteurs, les sacs de popcorn, les papiers de fast-food, les boîtes de pizza…. Le PFOA est très utilisé, très persistant, induit une toxicité hépatique chez les rongeurs, très suspectés chez l’Homme. La TDI (dose journalière tolérable) initialement proposée a été réévaluée et est passée aujourd’hui à une TWI (dose hebdomadaire tolérable) de 6 ng/kg de poids corporel.

La diversité de ces mécanismes impose de renforcer la surveillance sur ces molécules présentes dans les emballages et de veiller à garantir pour le consommateur une migration aussi faible que possible vers l’aliment ou vers l’environnement.

Par Nicolas Cabaton, INRA, ToxAlim, Toulouse - 3ème Ecole Clinique « Polluants et Alimentation » de la SFN.



Autres articles à consulter


Nourrissez (vraiment) votre corps
Besoin d'aide pour manger mieux ?
© 2020 Alexandre Glouchkoff
Mentions légales - Cookies