Covid-19 : la formulation des aliments peut changer mais pas les étiquettes !


18/05/2020 - 4 mn Étiquetage alimentaire Covid-19

Covid-19 : la formulation des aliments peut changer mais pas les étiquettes !
Afin d'assurer une production suffisante et répondre à la demande, pour cause de Covid-19 et de difficultés d’approvisionnement, les fabricants de l'industrie agroalimentaire peuvent, depuis de très nombreuses semaines, et ce au moins jusqu’au 1er juin 2020, modifier les recettes et la formulation de leurs produits sans pour autant être obligés de l’indiquer sur l’étiquette !

Cette mesure exceptionnelle, avalisée par la Commission européenne, permet aux industriels de modifier la formulation de leurs produits sans le préciser sur l’emballage, et ce au moins jusqu’au 1er juin 2020. Alors, comment savoir ce que nous mangeons réellement ?

C'est l'organisation foodwatch qui avait a découvert que des règles avaient été très assouplies pour les fabricants, en toute discrétion. Au point qu’ils sont autorisés à produire des denrées dont la composition diffère de ce qui est indiqué sur l’étiquette.

Dans ces nouvelles conditions inédites, foodwatch exigeait donc la transparence sur ces dérogations car c’est d’habitude totalement illégal et réclamait à la Répression des fraudes (ministère de l’économie) des précisions sur ces marges de manoeuvre, permises par un règlement décidé au niveau européen le 30 mars dernier.

Comment allions-nous être informés de ces changements si les étiquettes ne l’indiquaient pas ? foodwatch s’inquiétait notamment des ingrédients allergènes susceptibles de se frayer un passage dans ces nouvelles recettes sans être clairement renseignés. Les premières informations arrivent enfin et soulèvent de nombreuses questions sur les pratiques de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution en cette période exceptionnelle.

Faisant suite à toutes les interrogations légitimes des consommateurs, la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes a confirmé que la liste des produits concernés par ces changements de recettes serait indiquée sur le site internet de la DGCCRF, en précisant bien que : « Aucune tolérance ne saurait être admise qui induirait un risque pour le consommateur ou qui conduirait à le priver d’une information essentielle à la caractérisation ou la bonne utilisation du produit ».


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Il a fallu tout de même plus de cinq semaines d’insistance de foodwatch auprès de la Répression des fraudes pour obtenir l’information et les premiers détails commencent enfin à tomber : la liste n'a été publiée que le 12 mai !

Un constat amer

Le discours de distributeurs et de certaines marques prétendant privilégier les filières françaises se fissure assez vite au fil de nombreuses découvertes :

  • Auchan et Intermarché par exemple s’approvisionnent désormais en Allemagne ou en Espagne pour le filet mignon de porc.

  • Pour le « Pâté de campagne à l’andouille de Guéméné » de E. Leclerc (Nos régions ont du talent), l’indication de l’origine est désormais « non conforme », de même que la liste des ingrédients.

  • Idem en ce qui concerne la Mortella di Bologna ou le saucisson Fuet catalan vendus chez Leclerc.

  • Des oeufs étiquetés « en plein air » de Pierre Schmidt - Aspics ne le sont pas nécessairement. Chez Auchan, d’ailleurs un mystère entoure l’origine des oeufs qui composent notamment son « Flan aux oeufs », son « Ile flottante » ou sa « Crème aux oeufs, noix de coco, caramel ».

  • Les courgettes et aubergines origine France des bocaux Prosain peuvent à présent être en provenance d’Espagne ou d’Italie.

  • L’ail coupé de Picard est maintenant espagnol alors qu’il était français.

  • Des briochettes Casino contiennent désormais de la lécithine de soja - un allergène qui doit habituellement être clairement indiqué sur l’étiquette - au lieu de la lécithine de tournesol.

  • Certains encore, comme Lactel (Lactalis) profitent du chaos actuel pour faire avaler des couleuvres : se « tromper » sur les valeurs du tableau nutritionnel de lait infantile 2e âge indiquées en grammes au lieu de milligrammes et ne même pas rappeler les produits.

  • Pour plusieurs huiles produites par le groupe Lesieur - Isio 4, Isio 4 Olive, Lesieur Frial, Lesieur 3 – « la disponibilité de l'huile de tournesol origine France ne permet plus de répondre aux besoins ». Les étiquettes mentionnent donc une origine France pour des produits contenant des huiles de tournesol issues de graines d'origine UE et non UE.


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foodwatch note sur la première liste obtenue après insistance auprès de la Répression des fraudes que les grandes marques semblent jouer le jeu en expliquant la nature de la modification. Les chaînes de supermarché, elles, se contentent d’une lapidaire explication selon le site des autorités : « Indication non conforme de l'origine et de la liste des ingrédients » et ne semblent pas renseigner ces modifications non plus sur leurs sites marchands. Un flou inacceptable pour l’ONG qui a lancé une pétition intitulée « Recettes modifiées, étiquettes inchangées : la crise ne justifie pas le manque de transparence ! » pour exiger la totale transparence de la part des grands distributeurs en magasins et sur leurs sites : quelles modifications sont apportées aux produits commercialisés sans modifications des étiquettes, et pour quelles raisons liées à la crise ?



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