Alimentation végétarienne : où en est-on en Europe ?


15/11/2019 - 6 mn

Alimentation végétarienne : où en est-on en Europe ?
Dans le contexte actuel d’une médiatisation croissante du végétarisme et de la végétalisation de l’alimentation, la suppression de la viande du régime alimentaire est souvent présentée comme l’une des principales tendances émergentes de la consommation alimentaire en France, au même titre que l’alimentation-santé, le locavorisme ou la recherche de naturalité. Elle pourrait aussi être associée à la montée en puissance des régimes particuliers...

Le potentiel de la tendance végétarienne est étayé d’une part par les constats du développement de l’offre en matière des produits végétaux et d’autre part par les données quantitatives qui, collectées à des intervalles de temps relativement proches, suggèrent une progression rapide du nombre des végétariens ou des adeptes d’une réduction forte de la consommation de viande, parfois qualifiés de flexitariens. De plus, ces deux phénomènes concomitants (développement de l’offre et de la demande) s’inscrivent dans un constat plus général d’une baisse de consommation de la viande, notamment de la viande rouge, et à ce titre pourraient avoir une capacité à modifier les choix alimentaires des Français et ainsi impacter tant les filières animales que végétales.

Compte tenu de ces enjeux et du manque de données publiques comparables collectées simultanément dans plusieurs pays, FranceAgriMer a décidé de réaliser un panorama de la consommation végétarienne en Europe, pour comprendre les fondements du phénomène et évaluer son étendue dans la population de 4 pays européens (la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne). Cette étude, réalisée par le cabinet CREDOC pour FranceAgriMer et L’Observatoire CNIEL des Habitudes Alimentaires (l’OCHA), s’appuie sur une méthodologie mixte, qualitative et quantitative, afin de répondre à ce double objectif.

La partie qualitative, basée sur une recherche bibliographique et des entretiens avec des experts, tente d’identifier les fondements philosophiques du phénomène et analyser les facteurs de son évolution, passée et actuelle. L’enquête quantitative auprès des échantillons représentatifs des populations nationales des 4 pays de l’étude a, quant à elle, pour objectif de mesurer l’importance de chaque courant du végétarisme au sens large (cf. l’encadré avec les définitions), caractériser sociodémographiquement les individus se déclarant appartenir à l’un des courants, et dégager les principales motivations de la réduction, partielle ou totale, de la consommation de viande.

Définitions

Le végétarisme recouvre un large spectre de pratiques, allant de la suppression totale de tout produit issu de la production animale, alimentaire ou non alimentaire (le véganisme), jusqu’à une baisse limitée de la consommation de viande (le flexitarisme).

A l’intérieur de ce spectre, on retrouve des notions générales comme végétarisme (l’exclusion de la viande et des produits aquatiques), mais aussi ses déclinaisons, tels que le pesco-végétarisme (seule la viande est supprimée de son alimentation), lactovégétarisme (un régime qui interdit la consommation de viande, de poissons et d’oeufs mais autorise celle de produits laitiers), l’ovo-végétarisme (à l’inverse, les oeufs y sont autorisés et les produits laitiers interdits), ou encore le semi-végétarisme (la viande rouge supprimée alors que la volaille est consommée).

Le flexitarisme a en soi une définition variable : parfois il définit les végétariens qui consomment occasionnellement la viande, et parfois les individus qui ont réduit (voire aspirent à réduire) leur consommation de viande.

Cette étude se focalise sur 4 courants principaux, définis de manière suivante (y compris dans le questionnaire administré dans l’enquête quantitative online) :

  • Végétarien : abstention de la viande, du poisson, mais consommation des oeufs, du fromage, du lait ;
  • Végétalien : abstention de la viande, du poisson, mais aussi de tous les produits laitiers et des oeufs. Ne mange que les céréales, les légumes et les fruits ;
  • Végane : qui s’efforce de vivre sans consommer de produits issus de l’exploitation des animaux, au profit des animaux, des gens et de la planète. Les végans se nourrissent d’un régime à base de légumes, avec rien qui soit issu des animaux – pas de viande, ni oeufs ou de miel par exemple. Un style de vie végan évite aussi le cuir, la laine, la soie et autres produits animaux pour se vêtir ou pour tout autre usage ;
  • Flexitarien : limitant la consommation de viande sans être exclusivement végétarien et sans que ce soit pour des raisons d’argent ;

C’est ainsi que les termes ci-dessus ont été présentés aux répondants dans la question visant à mesurer le taux de personnes se déclarant appartenir à l’un de ces 4 courants.

Conclusions

Malgré une médiatisation croissante du concept du végétarisme et l’existence de facteurs favorables à sa popularisation dans la société (tels que le développement de l’offre, les politiques publiques incitatives ou évolution des valeurs et des pratiques), il est impossible pour le moment de mesurer la progression du phénomène dans la population, notamment à l’échelle européenne, car son caractère encore marginal nécessite un déploiement d’enquêtes d’ampleur pour capter et analyser en détail cette partie de la population. Néanmoins plusieurs paramètres (motivations, valeurs, effets d’âge) laissent à penser que sa progression semble s’affirmer.

L’étude met en revanche en lumière une porosité des notions et des identités végétariennes, qui ne s’accompagnent pas toujours d’un comportement alimentaire strict et uniforme. La désirabilité sociale pourrait être ici l’un des éléments contribuant à la surdéclaration des identités par rapport aux pratiques de consommation. Néanmoins ce phénomène intervient dans un contexte marqué par une tendance plus généralisée de réduction de la consommation de produits carnés, quelles que soient les quantités ingérées ou les motivations qui les sous-tendent.

L’étude montre d’ailleurs que les logiques de la non-consommation de viande, ou de sa réduction, sont multifactorielles, et qu’elles varient selon le pays, le profil sociodémographique ou l’identité auto-déclarée du répondant. Si la santé est la raison la plus citée, elle est notamment évoquée dans le cadre de la réduction de la consommation de viande, l’éviction étant davantage dictée par les considérations éthiques, notamment le bien-être animal. Le souci du bien-être animal semble marquer un changement d’attitudes à l’égard de la viande, surtout dans les jeunes générations, plus réceptives que leurs aînés aux arguments éthiques et au phénomène végétarien de manière générale.

Ce possible effet de génération devrait néanmoins encore être confirmé par une analyse longitudinale, en prenant en compte un potentiel effet de cycle de vie sur les trajectoires de ces jeunes aujourd’hui davantage acquis à la cause végétarienne.

Même s’il est difficile d’établir le profil d’un végétarien dans chaque pays en raison d’une faiblesse des effectifs de ce groupe qui reste marginal, le phénomène semble néanmoins attirer davantage les femmes, les jeunes (moins de 35 ans), les populations urbaines ou dotées d’un fort capital culturel (cadres ou très diplômés, selon le pays). Le flexitarisme, plus répandu, touche au-delà des tranches d’âge les plus jeunes. Il semble répondre également à des logiques légèrement différentes, notamment celle de santé et/ou s’inscrivant dans la tendance à « consommer moins mais mieux ».

A noter également que les motivations économiques à la réduction de la consommation de viande ne sont cependant absentes d’aucun profil auto-déclarant une baisse de consommation de produits carnés. Il importe donc de ne pas occulter ces considérations, même si elles ne sont pas nécessairement centrales et que pour beaucoup, le changement de régime relève davantage d’un choix que d’une contrainte.

Pour en savoir plus, consulter « Combien de végétariens en Europe ? », la synthèse complète des résultats à partir de l’étude « Panorama de la consommation végétarienne en Europe », réalisée par le CREDOC pour FranceAgriMer et l’OCHA en 2018

SOURCE : FranceAgriMer

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